Le grand rendez-vous annuel de la filière s'est refermé le 17 septembre à Paris. L'équipe Voyage Family y était, dans les allées de la Porte de Versailles, pour prendre le pouls du marché. Derrière le thème officiel « La valeur du voyage », les échanges comme les chiffres dessinent un voyageur qui part toujours, mais qui compte, compare et exige des preuves. Pour ceux qui travaillent avec les familles, plusieurs signaux méritent attention.
Une 48e édition placée sous le signe de la valeur
IFTM s'est tenu du mardi 15 au jeudi 17 septembre 2026 à Paris Expo Porte de Versailles, dans le Hall 1, pour sa 48e édition. C'est un rendez-vous majeur des professionnels du tourisme en France, qui réunit les acteurs des loisirs, du voyage d'affaires, de l'événementiel et des groupes. Avant l'ouverture, les organisateurs annonçaient un objectif de 34 000 visiteurs et environ 1 700 marques, après une édition 2025 qui avait réuni 32 022 visiteurs.
Le fil rouge, « La valeur du voyage, révélons ensemble ce qui crée de l'impact », entend montrer que la valeur créée par le voyage dépasse les seules dépenses du touriste. Pays à l'honneur, l'Ouzbékistan incarne cette nouvelle géographie : il figure parmi les destinations aux plus fortes progressions mondiales d'arrivées internationales au premier trimestre 2026, avec une hausse de 37 %.
Des Français qui partent toujours, mais qui arbitrent
Le dossier « Tendances tourisme 2026 » présenté au salon pose un diagnostic clair : les voyageurs n'ont pas renoncé au voyage, mais ils arbitrent davantage, cherchent la valeur et privilégient la flexibilité et la confiance.
Côté clientèle domestique, Atout France indique qu'à la mi-août 2026, 84 % des partants interrogés avaient effectué au moins un séjour en France, une proportion stable sur un an. Dans le même temps, 34 % des partants sont allés à l'étranger, en hausse de quatre points. Les contraintes économiques poussent par ailleurs les vacanciers à rogner sur la restauration, les activités et les souvenirs.
Notre lecture : pour une famille, ces postes se multiplient par le nombre de personnes, et c'est souvent là que se joue la perception du prix sur place. Hébergeurs, parcs, sites de loisirs et offices de tourisme ont donc intérêt à travailler des formules lisibles (pass famille, activités incluses, demi-pension adaptée aux enfants) plutôt qu'une addition de suppléments.
La sécurité devient un critère de premier rang
C'est l'un des enseignements marquants de l'année. Parmi les voyageurs français interrogés par Polarsteps dans une étude publiée avant le salon, 90 % jugent la sécurité et la stabilité politique essentielles, 7,5 % ont déjà annulé un voyage et 11 % ont changé de destination à cause du contexte international. Notre analyse : pour des parents qui voyagent avec des enfants, ce besoin de réassurance a toutes les chances de peser encore davantage dans la décision.
Les tour-opérateurs l'ont ressenti. Selon les chiffres du SETO repris dans le dossier du salon, les réservations de ses membres ont chuté de 20 % entre mars et mai après le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, tandis que la France et le moyen-courrier ont mieux résisté que le long-courrier sur la saison. Cette quête de réassurance profite à l'Europe du Sud et à la France, présentée par certains acteurs comme une « valeur refuge ».
Bonne nouvelle pour l'hiver : à fin août, les premières réservations 2026-2027 atteignaient 640 millions d'euros de volume d'affaires, en hausse de 1,7 %, avec une croissance de 8 % pour la France. Un signal intéressant pour les stations et les acteurs du ski en famille.
Des saisons qui s'étirent, une montagne qui monte
Le taux de départ en juin passe de 15 % à 18 % et les intentions de départ en septembre progressent de 20 % à 22 %. Pour les familles, la marge de manœuvre reste limitée par le calendrier scolaire, mais les ailes de saison ouvrent des opportunités réelles sur les parents d'enfants non scolarisés et sur les week-ends prolongés.
Côté territoires, le littoral demeure l'espace le plus fréquenté par les Français en juillet-août, devant les villes, la campagne et la montagne, et la fréquentation des Alpes du Nord a bondi de 16 % en août. L'été à la montagne, avec sa fraîcheur et ses activités accessibles aux enfants, s'impose comme une vraie réponse aux épisodes de chaleur. Le vélotourisme, la randonnée, le tourisme de savoir-faire ou l'œnotourisme progressent aussi et aident à mieux répartir les flux.
Famille élargie : une piste à suivre
Hors du salon, un autre mouvement mérite l'attention. Selon le Global Travel Trends Report 2025 d'American Express, 58 % des parents millennials et de la génération Z interrogés prévoyaient de voyager avec leur famille élargie en 2025, contre 31 % des parents des générations X et baby-boomers. Cette enquête internationale, qui n'inclut pas la France, offre une piste de réflexion pour les professionnels du tourisme familial : les séjours multigénérationnels appellent des hébergements modulables, des activités pour tous les âges et une communication qui parle autant aux grands-parents qu'aux parents.
L'inspiration change de canal, l'IA s'installe
Pour les marques et les destinations, le dossier du salon souligne que l'entourage et les réseaux sociaux restent des sources d'inspiration majeures, et que l'intelligence artificielle commence à s'y faire une place. L'agence n'est plus forcément le lieu où naît l'envie de voyager, elle intervient plutôt au moment de la transformer en projet concret.
Dans les entreprises, l'adoption s'accélère : 90 % des membres du Club tourisme et technologie utilisent l'IA au quotidien, contre 48 % en 2025, et 57 % des professionnels français du tourisme interrogés disent s'en servir chaque jour. Mais le dossier relève un paradoxe : plus l'IA facilite l'accès à l'information, plus la valeur humaine se déplace vers l'expertise, la vérification, la personnalisation et la confiance.
Pour les acteurs du tourisme familial, l'enjeu est double : être cités dans les réponses des assistants IA quand un parent prépare ses vacances, et nourrir la recommandation entre familles, à travers les avis, les témoignages et les contenus créés par les voyageurs eux-mêmes.
La durabilité passe du discours à la preuve
Dernier marqueur fort de cette édition : les engagements environnementaux et sociaux doivent désormais être mesurés, avec une multiplication des indicateurs, labels et outils d'évaluation. Pour les familles, souvent sensibles à ce que leurs enfants apprennent en voyage, un engagement vérifiable et concret (circuits courts, activités nature, sensibilisation) vaut mieux qu'une promesse vague.

Ce que nous retenons
Les tendances présentées à l'IFTM offrent plusieurs pistes de travail aux professionnels du tourisme familial : mieux expliciter la valeur des prestations, renforcer la réassurance et adapter les offres aux différentes configurations familiales, y compris multigénérationnelles. Ces implications constituent notre lecture du marché ; les études citées ne mesurent pas toutes spécifiquement les comportements des familles françaises.