Signaux faibles et innovations

Interview de Céline WALTER, les tendances du tourisme en 2026

Céline, en tant que professeure de marketing touristique à l’École TUNON, comment observez-vous concrètement, à travers vos étudiants et vos travaux, l’essor du camping, du glamping, des offres packagées et des parcs d’attraction dans les choix de vacances des Français...

15 juin 2026 8 min de lecture
Interview de Céline WALTER, les tendances du tourisme en 2026

Céline, en tant que professeure de marketing touristique à l’École TUNON, comment observez-vous concrètement, à travers vos étudiants et vos travaux, l’essor du camping, du glamping, des offres packagées et des parcs d’attraction dans les choix de vacances des Français au budget serré ?

Je l'observe d'abord à travers les baromètres du secteur. Dans le secteur du camping, l'année 2025 a atteint un record avec 147.5 millions de nuitées en France. C'est le premier mode d'hébergement marchand pour l'été. Les parcs d'attraction deviennent de vrais lieux de séjour, le Puy du Fou a franchi la barre des 3 millions de visiteurs, le parc Astérix frôle les 2.9 millions et le Futuroscope a vu sa fréquentation augmenter de 37% grâce a ses investissements dans son nouveau parc aquatique : l'Aquascope.

Quand on parle de « grands gagnants du budget serré », qu’est-ce qui, selon vous, rend ces formes de séjour (camping, glamping, packages, parcs à thème) particulièrement attractives : est‑ce d’abord le prix, le sentiment de sécurité budgétaire, l’expérience proposée, ou un mélange plus subtil de ces facteurs ?

Face au pouvoir d'achat sous pression, les comportements des Français ont radicalement changé, ils ne cherchent plus seulement à partir mais avant tout à "maitriser" leurs vacances. Les offres packagées c'est la solution anti-stress car les familles savent ce qu'elles vont dépenser avant de fermer leur valise. C'est le "zero mauvaise surprise" à la fin du séjour. Le camping a opéré une incroyable montée en gamme. Aujourd'hui le camping offre les codes de l'hôtellerie, on y trouve des mobil-homes modernes tout confort, des spas, des parcs aquatiques XXL et des formules en pension complète. Pour les français c'est un bon compromis : le standing d'un hôtel, la convivialité du plein air mais un prix souvent plus accessible. Enfin, les parcs d'attractions, on n'y va plus pour la journée ; on y passe ses vacances. Partir 3 ou 4 jours en immersion dans un parc à thème c'est l'évasion, du divertissement non stop, tout est sur place, le transport et la restauration sont centralisés et optimisés.

Avec votre regard d’ancienne consultante auprès de territoires et de sites touristiques, pouvez-vous nous décrire comment ces acteurs réorganisent aujourd’hui leur offre pour capter cette clientèle à la recherche de séjours économiques mais qualitatifs (partenariats avec campings, packages avec parcs d’attraction, offres famille, etc.) ?

L'exemple du Zoo de Beauval illustre ce que l'on appelle l'hybridation des sites. La frontière entre le lieu ou l'on dort et le lieu que l'on visite n'existe plus vraiment. De nombreux sites de loisirs intègrent leur propre offre d'hébergement. Pour une famille, le calcul est vite fait, au lieu de payer un hôtel "sans âme" et des billets d'entrée, elle s'offre un package clé en main. Le site lui augmente la durée de séjour. On voit également se multiplier les "pass activités" notamment en montagne. Pour quelques euros, les familles accèdent à la piscine, aux activités sportives, aux remontées mécaniques, aux musées et même aux transport locaux. Aujourd'hui un territoire ne peut pas se contenter d'aligner des monuments et des paysages sur leur site internet ou leur brochure, il doit se comporter comme un véritable Tour Opérateur : packager l'expérience pour la rendre plus fluide, plus lisible et budgétairement rassurante.

Le glamping et les parcs d’attraction promettent souvent une expérience « waouh » à moindre coût par rapport à d’autres formes de voyage : quels leviers marketing (mise en scène, storytelling, upsell sur place, services additionnels) voyez-vous à l’œuvre pour concilier prix attractifs et rentabilité économique ?

Parler de moindre cout est parfois une illusion. L'entrée ou la nuitée peut sembler raisonnable par rapport à un voyage à l'étranger par exemple mais la rentabilité de ces acteurs repose sur une stratégie redoutable : maximiser les dépenses une fois les vacanciers sur place. La bulle émotionnelle et le storytelling sont les leviers principaux. Etre dans une cabane perchée au sommet des arbres comme un "Robinson" ou dans un parc à thème coupe le visiteur de la réalité. Les marketeurs le savent, c'est là que la sensibilité au prix diminue. Je pense notamment aux options payantes sur place comme les expériences de réalité virtuelle dans les manèges ou les "pass coupe-file" pour éviter l'attente aux attractions. Le parcours client est également maitrisé à la perfection dans les parcs d'attractions. L'architecture est pensée pour que la sortie débouche obligatoirement dans une boutique. L'achat d'impulsion est alors maximisé pour les plus jeunes mais aussi pour les parents. Sans oublier que la thématisation, de la restauration par exemple, transforme un simple repas en un service additionnel à forte valeur ajoutée.

Sur la question du tourisme durable et de l’expérience client, jusqu’où ces solutions « budget serré » sont-elles réellement vertueuses ? Le camping et le glamping sont souvent présentés comme plus écoresponsables, mais qu’en est-il lorsqu’on ajoute les déplacements, les infrastructures des parcs d’attraction et la massification de la fréquentation ?

Le transport est le premier poste d'émission de CO2 du tourisme. Traverser la France en voiture pour aller une semaine dans un hébergement insolite "eco-responsable" annule la bonne intention "écologique" de départ. Les grands campings et les parcs d'attractions sont de gros consommateurs d'eau et d'énergie sans compter la gestion des déchets liée à l'afflux massif de visiteurs en même temps. C'est notre comportement aujourd'hui qui doit changer. Pour concilier budget serré et respect de la planète, il faut partir moins loin mais plus longtemps en privilégiant le tourisme de proximité et les mobilités douces. On connait souvent très mal la région ou l'on habite, les touristes doivent réapprendre à s'émerveiller près de chez eux.

Si l’on se projette à 5 ou 10 ans, comment imaginez-vous l’évolution de ce segment : les offres packagées, le glamping et les parcs de loisirs vont-ils encore monter en gamme, être davantage personnalisés grâce à la data et à l’IA, ou au contraire se standardiser pour rester ultra-compétitifs sur le prix ?

Les grands parcs de loisirs et les campings vont utiliser les données et l'IA, ils le font déjà d'ailleurs, pour la réservation par exemple, mais on verra de plus en plus des bracelets connectés capables de gérer les flux en temps réels pour limiter l'attente aux attractions et dans les restaurants. Les offres packagées seront calculées par des algorithmes pour correspondre aux envie de chaque famille. Pour maintenir des prix accessibles aux budgets les plus modestes, certains acteurs vont opter pour l'automatisation : check-in digitalisé, conciergerie gérée par des agents conversationnels IA, l'humain risque d'être moins présent. Le grand défi sera de trouver le juste équilibre : utiliser les algorithmes pour optimiser les coûts tout en préservant l'humain et l'émotion qui restent le cœur de l'expérience du voyage.

Pour les lecteurs qui doivent composer avec un budget vacances très contraint, quel serait votre conseil de professionnelle : quels réflexes adopter pour profiter intelligemment de ces offres (camping, glamping, packages, parcs d’attraction) sans sacrifier ni la qualité de l’expérience ni l’impact environnemental de leurs séjours ?

Le premier conseil est d'opter pour le reflexe "hors saison" ou "moyenne saison" : si les familles le peuvent elles doivent fuir le célèbre séjour du "samedi au samedi" en "juillet-août", partir en milieu de semaine, aller sur le littoral en avril ou à la montagne en été, les tarifs sont imbattables, la météo souvent idéale et les sites bien moins "saturés". Ecologiquement, cela permet de lisser la fréquentation. Au lieu d'aller dans les stations "à la mode", les familles peuvent se décaler dans l'arrière pays qui regorge de "pépites touristiques" à découvrir. Il faut aussi envisager la location de matériel : de camping par exemple, cela évite de surconsommer des équipements neufs que l'on utilise souvent qu'une fois dans l'année. Et enfin, je dirais appliquer la règle du "moins loin mais plus longtemps", plutôt que de multiplier les courts séjours à l'autre bout du pays, regrouper le budget pour un séjour plus long et si possible plus proche de son domicile. Amortir le coût du carburant est aujourd'hui une vraie préoccupation des Français et cela permet de prendre le temps pour s'imprégner de la destination. Des vacances réussies ne résument pas à "X" kms parcourus mais plutôt au niveau de déconnexion partagée. S'offrir le luxe de "prendre le temps" tout en préservant son budget et la planète.

Pour en savoir plus : https://www.ecole-tunon.com/