Un plafond de notoriété qui signale un échec collectif
Le label le mieux identifié par les familles, la Clé Verte, plafonne à 15,7 % de notoriété. Sur dix écolabels testés, neuf passent sous la barre des 13 % : Pavillon Bleu à 12,9 %, Écolabel européen à 12,8 %, puis une longue traîne sous 10 % jusqu'à B Corp à 1,9 %. Aucun label ne franchit le seuil qui en ferait un repère de réservation. Le sujet ne relève pas d'un défaut isolé de communication, mais d'une limite structurelle de la stratégie labels dans son ensemble.
La conséquence se lit côté demande : l'engagement environnemental n'est cité comme critère de réservation que par 11 % des familles. Même la cible éco-sensible (note d'importance écologique supérieure ou égale à 4 sur 5) ne mentionne les labels qu'à 21 %. Autrement dit, l'outil censé traduire l'engagement en acte d'achat ne fonctionne pas, y compris auprès de ceux qui sont déjà convaincus.
Trois causes structurelles, pas un manque de budget
L'explication n'est pas un déficit ponctuel de campagne mais une architecture de marché défaillante :
Une prolifération de labels sans hiérarchie lisible. Le voyageur ne sait pas lequel prime ni ce qu'il garantit.
L'absence d'un opérateur de référence, équivalent de ce qu'Ecocert représente pour le bio, capable de fédérer la confiance.
Une présence faible sur les plateformes de réservation : Booking n'affiche pas systématiquement ces labels au moment où la décision se prend.
Aucune de ces causes ne se règle par plus de publicité. Elles relèvent de la gouvernance des labels eux-mêmes.

La dissonance de la cible éco-sensible
Le dataset complémentaire est sévère : parmi les familles éco-soucieuses déclarées, 46 % ne connaissent aucun des dix labels proposés, 58 % roulent en voiture thermique et 38 % prennent l'avion. La labellisation n'a donc pas créé de pont entre intention et comportement, même sur le public le plus réceptif. Un seul signal positif émerge : Accueil Vélo (6 %), en tension avec la montée des transports décarbonés (+9 % d'attente dans les verbatims). C'est une niche petite mais cohérente, défendable parce qu'adossée à un usage concret et croissant.
Consolider plutôt que communiquer davantage
Pour les organismes labellisateurs, la trajectoire actuelle ne franchira pas le seuil des 30 à 40 % de notoriété nécessaire pour peser sur la réservation. Le levier n'est pas marketing mais architectural : consolider les dix labels et plus en deux ou trois grandes marques, une par segment (hébergement, activité, transport), pour offrir enfin une hiérarchie lisible. Tant que l'offre reste fragmentée, chaque euro de communication se dilue. Pour les hébergeurs labellisés, l'arbitrage le plus utile consiste sans doute à alléger le marketing du label aujourd'hui peu audible, et à investir davantage dans la preuve concrète : compteur d'eau et d'énergie visible, tri en chambre, transport bas-carbone proposé. Le voyageur famille attend moins un logo qu'une démonstration. À 11 % de citation comme critère de réservation, le label vert tient aujourd'hui davantage du coût de certification que du repère d'achat ou de l'avantage concurrentiel : c'est précisément cette équation qu'il y a matière à renverser.